La non mécréance de l’auteur de péchés majeurs

La non mécréance de l’auteur de péchés majeurs
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Selon Abu Dharr, qu’Allah soit satisfait de lui, le Prophète () a dit : « Aucun homme de ma communauté ne dit qu’il n’y a de divinité en droit d’être adorée qu’Allah et meurt en ayant cette conviction sans qu’il n’entre au Paradis. Même s'il a commis la fornication et volé ? Demandai-je. Oui, répondit-il, même s'il a commis la fornication et volé. » (Boukhari et Mouslim). Quand il racontait ce hadith, Abu Dharr disait : En dépit de ce que pense Abu Dharr.

Tîbî a dit dans son explication du livre Mishkât Al-Masâbîh intitulé Al-Kâshif ‘An Haqâ’iq Al-Sunan : « Ce hadith est la preuve que commettre un péché majeur ne supprime pas la foi de son auteur puisque celui qui n’est pas croyant ne peut entrer au Paradis comme cela fait l’objet d’un consensus … et que les auteurs de péchés de la communauté musulmane ne pourront rester éternellement en Enfer. »

Karmânî dans son Sharh Al-Bokhari a dit : « Les termes du hadith se concluent par l’expression » que le nez d’Abu Dharr soit collé à la terre « et sont à comprendre au sens métaphorique … Abu Dharr a répété plusieurs fois sa question parce qu’il était impressionné et surpris qu’un homme commettant des grands péchés puissent entrer au Paradis. Et la raison pour laquelle le Prophète () a répété sa réponse est qu’il souhaita réprimander davantage la réaction d’Abu Dharr dont la teneur, consistait à restreindre le champ de la miséricorde divine. En effet, cette miséricorde envers Sa création est vaste … Ce hadith nous apprend aussi qu’un péché majeur ne supprime pas la foi de qui le commet et n’annule pas un acte d’obéissance qui a été fait. De même, l’auteur d’un péché majeur, s’il meurt musulman, ne peut rester éternellement en Enfer mais finira par entrer au Paradis. »

Le cadi ‘Iyâd a dit : « La réponse du Prophète () confirmant l’interrogation du compagnon par ces termes : ‘ Oui, répondit-il, même s'il a commis la fornication et volé. » Doit être comprise comme nous l’avons dit précédemment c’est-à-dire que des péchés ne mènent pas obligatoirement ceux qui les commettent en Enfer et que toute personne qui meurt en étant musulmane finira forcément au Paradis. Par contre, les musulmans qui auront à leur actif des péchés seront sous la volonté d’Allah qui pourra les châtier ou les pardonner. Mais au final, ils iront tout de même au Paradis … L’expression « En dépit de ce que pense Abu Dharr » qui, littéralement, en arabe, est rendu par les termes « malgré le nez d’Abu Dharr » est métaphorique et signifie initialement que son nez soit collé à la terre, ou au sol, dans le sens qu’il soit humilié. On doit donc la comprendre selon le sens suivant : « Ces gens iront au Paradis même si Abu Dharr pense le contraire et s’étonne que les péchés majeurs soient pardonnés et qu’il pose la question à deux reprises. » … D’autres ont expliqué cette expression selon ce sens : « Même si Abu Dharr en est confus au point de poser la question à maintes reprises. »

Ibn Battâl a dit : « Le sens de ce hadith est : la personne qui meurt avec une croyance conforme au monothéisme de l’Islam entrera au Paradis même si elle a commis des péchés. Ses péchés ne l’éterniseront pas en Enfer comme le soutiennent les khawarij et d’autres hérétiques. »

Nawawi a dit : « La réponse du Prophète () : « Oui, même s'il a commis la fornication et volé. » constitue un argument en faveur de l’avis des adeptes de la Sunna stipulant que les musulmans, auteurs de péchés majeurs, ne peuvent être condamnés à l’Enfer éternel et que s’ils y entrent, ils finiront par en sortir et termineront au Paradis pour l’éternité. »

Ibn Hajar a dit dans Fath Al-Bârî : « Zubayr ibn Al-Munir a dit : C’est un des hadiths dont la portée vise à avoir espoir en la miséricorde d’Allah et sur lequel beaucoup d’ignorants se sont appuyés pour commettre des grands péchés. Mais il ne doit pas être compris de façon littéral puisque les règles de la religion établissent que les droits des hommes ne sont pas caducs parce qu’un homme meurt en étant croyant. Par contre, le fait que ses droits subsistent n’impliquent pas forcément qu’Allah ne fasse pas entrer au Paradis qui Il veut. C’est pour cela que le Prophète () rejeta la réaction d’Abu Dharr qui concevait que cela était improbable. La phrase « sans qu’il n’entre au Paradis » peut aussi être comprise dans le sens où il terminera finalement au Paradis. Soit directement, soit après avoir été châtié. Nous implorons Allah de nous épargner tout mal et de nous accorder Son pardon … Ce hadith nous apprend également que les musulmans qui commettent des grands péchés ne s’éterniseront pas en Enfer et qu’ils ne suppriment pas la foi de son auteur, que les non monothéistes n’entreront pas au Paradis. Par ailleurs, la sagesse de s’être limité à ne citer que ces deux péchés que sont le vol et la fornication est que la nature de ces péchés concerne les droits d’Allah pour l’un et les droits des hommes pour l’autre. C’est comme si Abu Dharr avait en tête ce hadith : « Un homme ne commet pas la fornication tout en étant croyant » puisqu’il contredit en apparence le hadith objet de notre explication. Alors qu’il est tout à fait possible de concilier entre ces deux hadiths selon les règles des adeptes de la Sunna en comprenant ce dernier hadith selon le sens où un homme qui commet la fornication n’a pas une foi complète et le hadith expliqué ici, que celui qui commet la fornication ne s’éternisera pas en Enfer. »

Enseignement complémentaire :

Statuer sur l’auteur d’un péché majeur est une question aussi ancienne qu’elle se renouvelle à chaque époque et chaque contrée. Une erreur de jugement à ce sujet peut avoir de graves répercussions sur l’individu et les sociétés. La méthodologie des adeptes de la Sunna consiste à affirmer que l’auteur d’un péché majeur ne mécroit pas et ne s’éternisera pas en Enfer si toutefois il avait à y entrer. Il est croyant de par sa foi, désobéissant pour avoir commis ce péché majeur. Son statut dans l’au-delà reste sous la volonté divine. S’Il le veut, Il effacera ses fautes par Sa bonté et Sa générosité. Et s’Il le veut, Il le châtiera par Sa justice. En revanche, les nombreux textes affirmant que l’auteur d’un péché majeur ne mécroit pas et ne s’éternisera pas en Enfer ne signifient pas qu’il faille être négligent envers les fautes et les péchés – qu’ils soient majeurs ou mineurs – puisque, le Prophète () nous a mis en garde contre le fait d’être négligent envers les péchés mineurs. Qu’en est-il alors des péchés majeurs ?! Selon Sahl ibn Sa’d Al-Sâ’îdî, qu’Allah soit satisfait de lui, le Prophète () a dit : « Prenez garde aux péchés insignifiants aux yeux des gens, car ils sont à l’image du bois rassemblé par un groupe d’hommes qui firent halte dans le désert. Chaque homme se mit à apporter un bout de bois si bien qu’ils purent allumer un feu qui leur permit de cuire du pain. Or, en s’accumulant, les péchés mènent leur auteur à sa perte. » (Ahmad et jugé authentique par Al-Albânî).

Ibn Battâl a dit : « En s’accumulant, les péchés mineurs deviennent des péchés majeurs si on persiste à les commettre de façon continue. Ibn Wahb rapporte de Ibn ‘Amr ibn Al-Hârith, selon Yazid ibn abi Habib, selon Aslam ibn ‘Imrân, qu’il a entendu Abu Ayoub dire : « Il arrive qu’un homme fasse une bonne action et a confiance en elle au point de ne pas se soucier des petits péchés, et il rencontre Allah le jour de la résurrection alors que ses péchés l’ont entouré de toute part. Et il arrive qu’un autre homme commette une mauvaise action et ne cesse d’en avoir peur et de se méfier de ses conséquences jusqu’à ce qu’il rencontre Allah le jour de la résurrection sain et sauf …

Abu Bakr Al-Siddîq a dit : « Allah pardonne les grands péchés alors ne désespérez pas. Et Il châtie pour les petits péchés, alors ne vous leurrez pas. »

Al-San’ânî a dit : « Le hadith incite à se méfier des petits péchés parce qu’ils mènent leurs auteurs à en commettre des plus grands de même que des petits actes d’obéissance à Allah nous mène à en commettre des plus importants. »

Al-Ghazâli a dit : « Les petits péchés appellent à en commettre d’autres jusqu’à ce que disparaisse l’origine même du bonheur par la destruction de la foi vers la fin de vie. »

Les textes authentiques du Coran et de la Sunna qui affirment que tout musulman qui commet un péché majeur ne mécroit pas sont légions. Ces textes sont notoires et affirment également qu’ils ne s’éterniseront pas en Enfer s’ils devaient y entrer à partir du moment où ils ne considèrent pas ces péchés comme licites. Aussi, il fait partie des règles faisant l’objet d’un consensus chez les adeptes de la Sunna qu’ils n’excommunient pas un musulman pour un péché qu’il a commis tant qu’il ne le considère pas licite. Et ils entendent par péché qu’il soit majeur ou mineur. L’imam Ibn Batta a dit dans son livre Al-Ibâna : « Les savants sont unanimes – il n’y aucune divergence entre eux – pour affirmer qu’un musulman ne mécroit pas pour avoir commis un péché. Il ne faut pas l’exclure de l’Islam en raison d’une désobéissance. On espère que l’homme bon entrera au Paradis et on redoute que l’homme auteur de péché n’entre en Enfer. » Al-Baghawi a dit dans son livre Sharh Al-Sunna : « Les adeptes de la sunna sont d’accord pour affirmer qu’un croyant ne sort pas de la sphère de la foi en raison d’un péché majeur qu’il aurait commis tant qu’il ne le considère pas comme licite. Et que si toutefois il en aurait commis un et meurt sans s’en repentir, cela ne le conduirait pas éternellement en Enfer, comme il est dit dans le hadith. Son sort revient en réalité à Allah. S’Il le veut Il lui pardonnera et s’Il le veut Il le châtiera en fonction de ses péchés. Puis, il le fera entrer au Paradis par Sa miséricorde. »

Il est dit dans Majmû’ Al-Fatawa de shaykh Al-Islam ibn Taymiyya, qu’Allah lui fasse miséricorde : « Les adeptes de la Sunna n’excommunient pas un musulman en raison d’une désobéissance quelconque ou d’un péché majeur comme le font les khawarij. La fraternité de la foi subsiste malgré le péché comme le dit le verset : « O les croyants! On vous a prescrit le talion au sujet des tués : homme libre pour homme libre, esclave pour esclave, femme pour femme. Mais celui à qui son frère aura pardonné en quelque façon doit faire face à une requête convenable et doit payer des dommages de bonne grâce. » (Coran 2 ;178). » La partie du verset qui justifie notre propos est que l’auteur d’un grand péché ne mécroit pas puisqu’Allah a désigné le meurtrier comme étant le frère du défunt alors que le meurtre d’un croyant constitue un péché majeur de la plus haute gravité. Shaykh Sa’di explique ce verset ainsi : « En mentionnant l’éventualité de celui qui pardonne à son frère, le verset suscite l’attendrissement de la famille de la victime et l’incite à pardonner le coupable et lui épargner l’application de la loi du talion pour accepter le prix du sang ou, encore mieux, à lui pardonner complétement. » Le fait qu’il désigne le meurtrier comme le frère de la victime prouve qu’il ne mécroit pas en raison de son forfait puisque le terme frère désigne ici la fraternité religieuse. L’auteur du meurtre n’est donc pas exclu de la religion en raison de ce péché comme nous venons de le dire et donc, à plus forte raison, en raison de tout autre péché en deçà de la mécréance. On peut uniquement attester que sa foi diminue en raison du péché. »

Allah dit : « Certes Allah ne pardonne pas qu'on Lui donne un associé. A part cela, Il pardonne à qui Il veut. Mais quiconque donne à Allah un associé commet un énorme péché. » (Coran 4 ;48). Tabari explique : « Ibn Omar a dit : « Avec les compagnons, nous ne doutions pas que les gens coupables de meurtre, d’avoir mangé les biens de l’orphelin, de faux témoignage et rupture des liens familiaux faisaient partie des gens de l’Enfer jusqu’à ce que soit révélé ce verset : « Certes Allah ne pardonne pas qu'on Lui donne un associé. A part cela, Il pardonne à qui Il veut. » Nous nous sommes alors abstenus de témoigner. » Ce verset expose clairement que l’auteur de tout péché majeur est sous la volonté d’Allah qui pourra le pardonner ou le châtier selon Son bon vouloir, tant que ce péché ne consiste pas en du polythéisme.’ Shaykh Sa’di a dit : « Allah nous informe qu’Il ne pardonne le polythéisme à aucune de Ses créatures et qu’Il pardonne tous les autres péchés qu’ils soient petits ou grands. Cela, selon Son bon vouloir si Sa sagesse implique qu’Il les pardonne. »

L’auteur d’un grand péché est dans une situation très grave s’il ne s’en repent pas. Mais il n’est pas coupable de mécréance pour l’avoir commis. Il reste sous la volonté d’Allah et Son pardon. Le hadith de Abu Dharr objet de notre propos en est la preuve la plus explicite.

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