L’argent d’un don pour faire soigner un patient, peut-il être légué à ses héritiers, après son décès ?
Fatwa No: 400342

Question

À la demande de gens de bien, trois personnes ont voulu aider un homme atteint d’une maladie incurable. Elles ont collecté la somme réclamée par l’hôpital, pour le soigner. Cet argent, représentant le don de plusieurs dizaines de bienfaiteurs, est arrivé alors que le patient – qu’Allah le Très Haut lui fasse miséricorde – était en fin de vie. Peut-on considérer qu’il est bienséant de répartir cet argent entre les héritiers du défunt – qu’Allah lui fasse miséricorde – ou bien doit-il être retourné aux gens ? J’ai demandé à ceux qui ont exhorté les gens à faire des dons et à participer à cette œuvre, ce que je devais faire de cet argent. Ils m’ont répondu que ce n’était pas la peine de consulter le grand groupe de donateurs, car ils ont donné leur argent pour la satisfaction d’Allah, puis dans le but de traiter la personne malade. Cet argent revient maintenant à ses enfants. Or, le patient m’a recommandé de bien prendre soin de sa famille, et cette somme se trouve en ma possession. Quel est votre avis sur la question, éminent cheikh ? Comment dois-je en disposer, sachant que deux jours avant son décès, alors qu’il souffrait intensément, le patient – qu’Allah le Très Haut lui fasse miséricorde – m’a exhorté à faire une aumône pérenne en son nom? Il a fait son testament en recourant à des signes, car il ne pouvait plus parler ni voir. Cependant, il était toujours sain d’esprit et pouvait m’entendre. Ce défunt a laissé, derrière lui, une mère, une épouse, trois fils et trois filles. Quant aux autres proches, ils ne peuvent hériter à cause des fils.

Réponse

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :

 

Ces personnes ont fait ce don d’argent dans le but de soigner ce patient : leur objectif à travers ce don doit donc être respecté. Par conséquent, il n'est pas permis de dépenser l’argent recueilli dans une autre voie que celle prévue, sauf avec leur permission. Les Fouqaha stipulent qu'il importe de respecter l’intention du donateur. Si sa donation avait un objectif juridique et ne relevait pas du simple cadeau. Dans le livre Hashiya al Jamal il est mentionné : « Si l’on donne à quelqu’un des dattes pour rompre le jeûne, il est tenu de les manger en cette occasion. Il ne lui appartient pas de les utiliser autrement, eu égard à l’intention du donateur. » Fin de citation.

Le Cheikh Zakaria al-Ansari a dit dans livre Asna al-Matâlib : « Si on lui donne des dirhams en lui demandant de s’acheter un turban, d’aller au hammam ou de faire autre chose de ce genre, il doit s’y plier afin de respecter l’objectif du donateur. Ceci est vrai, si le but de celui-ci consiste en ce que le bénéficiaire de ce don se couvre la tête avec le turban ou se lave en allant au hammam, parce qu’il avait la tête découverte et les cheveux ébouriffés ou le corps sale. Par contre, si tel n’était pas le but du donateur, et qu’il a dit cela simplement et de manière habituelle, le bénéficiaire n’est pas obligé de suivre cette consigne. Bien au contraire, il devient le propriétaire des dirhams et peut en disposer à sa guise. » Fin de citation.

En somme, il est clair que la donation de ces gens n’est pas un cadeau, mais a été faite dans ce but spécifique. S’il s’avère impossible de la dépenser selon leur intention – en raison du décès de la personne pour laquelle la collecte a été faite – il importe de leur rendre cet argent. Il n’est pas permis de le répartir entre les héritiers du défunt sans leur autorisation. Votre devoir est d’expliquer la situation aux donateurs, dans la mesure du possible. Si certains d’entre eux consentent à distribuer l’argent aux héritiers ou à en faire une aumône pérenne (Sadaqa Djariya) pour le défunt, vous agirez dans ce sens. Celui qui ne partage pas cet avis pourra récupérer sa part de l’argent collecté. Quant à ceux qu’il a été impossible de contacter afin de les interroger ou de leur expliquer la situation, il incombe de dépenser leur argent dans la voie la plus proche de leur intention. Par exemple, on pourra le donner à un autre malade pour se faire soigner, afin de réaliser dans la mesure du possible l’objectif des donateurs.

Pour ce qui est de l’aumône pérenne que le défunt vous a recommandé de faire en son nom, il importe de l’effectuer avec le tiers de ses biens, car il s’agit d’un testament dont l’exécution est obligatoire. Si le défunt n'a pas d'héritage permettant de réaliser son vœu, vous n’en êtes pas responsable. Si vous – vous-même ou quelqu’un d’autre – faites l’aumône pour lui ou effectuez une aumône pérenne en son nom, cela lui sera bénéfique et il en aura la récompense, selon l’avis unanime des oulémas.

 

Et Allah sait mieux.

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