Dans la fatwa arabe n° 18304, vous avez déclaré textuellement : « Il convient de savoir que les savants ont convenu ultérieurement de diviser les lectures du Coran en sept, au point que le commun des mortels a cru que ces sept lectures (al-qirā'āt al-sab’) définies par les savants étaient précisément les sept "lettres" (al-ahrouf al-sab’) mentionnées dans le hadith ; or, c’est une erreur. Al-Suyûtî (qu'Allah lui fasse miséricorde) a dit dans Al-Itqân : "Abû Shâma a déclaré : Certains ont pensé que les sept lectures actuelles sont celles visées par le hadith, ce qui est contraire à l’avis de l’unanimité des gens de science." »
Dans une autre fatwa, vous avez cité l’avis de Cheikh al-Islam Ibn Taymiyya concernant le fait de combiner les lectures (al-jam‘ bayna al-qirâ'ât). Vous avez rapporté : « Cheikh al-Islam Ibn Taymiyya fut interrogé sur le fait de combiner les sept lectures : est-ce une Sunna ou une innovation ? [...] Il répondit notamment : [...] Quant à leur combinaison durant la prière ou la récitation (rituelle), c’est une innovation blâmable (bid‘a makrûha) ... »
Puis, dans une troisième fatwa, vous avez cité de lui ce qui suit : « Cheikh al-Islam Ibn Taymiyya a dit : Il est permis de lire une partie du Coran selon le Harf (lecture) d’Abû ‘Amr, et une autre partie selon le Harf de Nûfi‘, que ce soit dans une seule unité de prière (rak‘a) ou deux, et que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de la prière. »
Ma question est la suivante : Si les Ahrouf du Coran sont différents de ses sept lectures, pourquoi Cheikh al-Islam a-t-il nommé chacune des lectures d'Abû ‘Amr et de Nâfi‘ un « Harf » ? Et quel est l’avis définitif de Cheikh al-Islam sur la combinaison des lectures ? Car il l’a autorisée dans la dernière fatwa, alors qu’il l’a qualifiée d’innovation dans la précédente. Doit-on comprendre de ses propos que la combinaison est permise tout en étant une innovation blâmable ?
Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :
Désigner la lecture d’un récitateur par le terme « Harf de tel », comme dire « le Harf d’Ibn Mas‘ûd » ou « le Harf d’Abû ‘Amr », est un usage courant chez les savants. Le sens visé par Harf ici est la lecture (al-qirâ'a), et non les sept Ahrouf (modes) selon lesquels le Noble Coran a été révélé.
Makkî ibn Abî Tâlib a dit dans Al-Ibâna ‘an Ma‘ânî al-Qirâ'ât : « Quant au dire des gens "Tel a lu selon les sept Ahrouf", cela signifie que la lecture de chaque Imam est appelée Harf, comme on dit : il a lu selon le Harf de Nâfi‘, le Harf d’Ubayy ou le Harf d’Ibn Mas‘ûd. De même, la lecture de chaque Imam est nommée Harf ; il y aurait ainsi plus de sept cents Harf si nous devions compter les Imams dont la lecture a été transmise depuis les Compagnons et leurs successeurs. Ce n'est donc pas le sens visé par la parole du Messager d’Allah (
). C'est une chose que personne n'a interprétée ainsi, que personne n'a pratiquée et que personne ne peut accomplir. »
Ibn Taymiyya a également précisé dans Majmû‘ al-Fatâwâ : « Il n’y a aucune divergence entre les savants reconnus sur le fait que les sept Ahrouf cités par le Prophète (
) ne sont pas les sept lectures célèbres. Le premier à avoir rassemblé les lectures de ces sept [imams] fut l’Imam Abû Bakr ibn Mujâhid, au début du quatrième siècle à Bagdad. Il a souhaité compiler les lectures célèbres des deux Sanctuaires (La Mecque et Médine), des deux Irak et de la Syrie. S'il a choisi d'en rassembler sept, c’était pour que ce nombre concorde avec le nombre des Ahrouf de la révélation, et non par conviction personnelle ou celle d’autres savants que ces sept lectures étaient les sept Ahrouf, ou que ces sept imams spécifiques étaient les seuls dont la lecture est autorisée. »
Quant aux propos d'Ibn Taymiyya sur la combinaison des lectures : Lorsqu'il dit : « Quant à leur combinaison (jam‘) dans la prière ou la récitation, c'est une innovation blâmable ; mais leur combinaison pour la mémorisation et l'étude relève de l'effort de recherche pratiqué par certains groupes de lecteurs ; or, les Compagnons et les Suivants ne les combinaient pas. »
Le sens visé ici est ce qui est connu chez les maîtres de la récitation par « la lecture de combinaison » (Qirâ'at al-Jam‘). Il s'agit de répéter les différents termes (variantes) des lecteurs au sein d'un même verset. Il a explicité sa pensée ailleurs en disant : « Combiner les termes d'une même invocation ou d'une même évocation à des fins rituelles — comme combiner les variantes de tous les lecteurs non pas pour l'étude ou la mémorisation, mais pour la récitation et la méditation — revient à varier les sens [au sein d'une même lecture]. Par exemple, lire dans la prière : {bimâ kânû yakdhibûn} puis enchaîner immédiatement par {yukadh-dhibûn}... Il est notoire que ceci est une innovation blâmable et hideuse. »
Ainsi, ce type de combinaison (répéter les variantes d'un mot les unes après les autres) dans la prière ou la récitation rituelle — hors contexte d'apprentissage ou de révision — est une innovation blâmable.
En revanche, le fait qu'un lecteur lise un verset selon la lecture de Hafs, puis le verset suivant selon la lecture de Warsh (par exemple), cela est autorisé et n'est pas blâmable.
C'est là tout le sens de sa parole : « Il est permis de lire une partie du Coran selon le Harf d’Abû ‘Amr, et une autre partie selon le Harf de Nâfi‘, que ce soit dans une seule unité de prière ou deux, et que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de la prière. »
Et Allah sait mieux.
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