Il est interdit de traiter sans nécessité avec une banque dont l’activité principale repose sur l’usure
Fatwa No: 90054

Question

Je vis en France. J’ai déposé mon argent dans une banque égyptienne, la banque al Ahly, car je prévois de vivre en Egypte dans un avenir proche. Cette banque me verse des intérêts annuels en fonction des bénéfices qu’elle réalise au cours de l’année. Les intérêts bancaires ne sont donc pas stables. Ils peuvent atteindre à certains moments 10% et à d’autres moments uniquement 4% (cela dépend de la réussite des projets dans lesquelles l’argent est placé). J’ai interrogé un employé de la banque sur le jugement de la Charia vis-à-vis de ces intérêts et celui-ci m’a dit qu’ils étaient licites car non fixes. J’ai entendu le cheikh d’al-Azhar Tantâwî autoriser ces intérêts mais je continue à avoir des doutes car l’usure est un péché majeur et je souhaite m’assurer du jugement de la Charia.
Je souhaite obtenir une réponse claire.

Réponse

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :

Vous devez d’abord savoir qu’il est interdit de traiter avec une banque dont l’activité principale est l’usure. Il ne vous est pas permis à l’origine d’y ouvrir un compte, qu’il s’agisse d’un compte épargne, d’un compte courant ou autres car cela revient à aider la banque à continuer ses activités illicites. Or, Allah, exalté soit-Il dit (sens du verset) :

«[…]. Entraidez-vous dans l'accomplissement des bonnes œuvres et de la piété et ne vous entraidez pas dans le péché et la transgression. Et craignez Allah, car Allah est, certes, dur en punition !  » (Coran 5/2)

Traiter avec une banque usuraire est interdit sauf en cas de contrainte. C’est le cas par exemple s’il n’y a pas de banque islamique et qu’on craint de perdre son argent ou si un client ne peut recevoir son salaire qu’au moyen d’une banque usuraire. Dans ce genre de situation, il est permis d’ouvrir un compte dans une banque usuraire à condition que ce soit un compte courant sans intérêts. Si la banque n’autorise uniquement que les comptes à intérêts, il est permis d’en ouvrir un à cause de la contrainte. Mais le client dans ce cas n’est pas autorisé à percevoir ces intérêts. Il doit les dépenser dans des travaux d’utilité publique ou les reverser aux pauvres ou à ceux qui sont dans le besoin, non pas à titre d’aumône mais pour se débarrasser de cet argent usuraire car Allah, exalté soit-Il, est Bon et n’accepte que ce qui est bon.   

Ce que nous savons à propos de la banque mentionnée, est qu’il s’agit d’une banque usuraire. Par conséquent, il ne vous est pas permis de percevoir les intérêts de cette banque, qu’ils soient fixes ou non. Cela est interdit car toute transaction entre le client et la banque est basée sur un emprunt. Le contrat qui lie les deux parties est le contrat d’emprunt. Le client est l’emprunteur et la banque le prêteur car le capital est garanti auprès de la banque et les intérêts perçus par le client s’ajoutent à son capital. Il s’agit clairement d’une activité usuraire qui tombe sous le coup de la Parole d’Allah, exalté soit-Il (sens du verset) : «[…] Alors qu'Allah a rendu licite le commerce, et illicite l'intérêt…  » (Coran : 2/275) Djâbir, , a dit : « Le Messager d’Allah () a maudit l'usure, celui qui s'en nourrit, l’usurier, celui qui établit les contrats de prêt à intérêt et les deux témoins, en disant qu'ils étaient tous pareils. » (Mouslim)

Cependant, nous disons que si cette banque a une filiale islamique qui se conforme à la Charia et qui est supervisée par un comité islamique, il est alors permis de percevoir les intérêts de cette filiale et d’en tirer profit car ces intérêts proviennent d’une opération financière islamique.

Et Allah sait mieux.

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