Dites de bonnes paroles aux gens

Dites de bonnes paroles aux gens
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Ramadan est le mois de la générosité et de la bienfaisance, comme il est celui de la rivalité dans l’accomplissement des œuvres pies (paroles et actes). Pour ce qui est de celles qui relèvent de la parole, il faut citer la parole bonne qui ne fait de tort à personne. Car il est établi que chaque parole que l’homme prononce est enregistré dans un livre conservé, et mon Seigneur ne commet ni erreur ni oubli. Cette réalité est à maintes reprises mise en relief dans le Coran, pour amener l’homme à procéder en permanence à un examen de conscience et à contrôler sa langue. Allah, exalté soit-Il, dit (sens des versets) :

• « Il ne prononce pas une parole sans avoir auprès de lui un observateur prêt à l’inscrire » (Coran 50/18) ;

• « Ou bien escomptent-ils que Nous n’entendons pas leur secret ni leurs délibérations? Mais si ! Nos Anges prennent note auprès d’eux » (Coran /80).

Les versets sont très nombreux à ce propos, et ils visent à avertir le serviteur d’Allah que tout ce qu’il prononce sera inscrit soit en sa faveur, soit contre lui, et que s’il s’impose de dire de bonnes paroles dans toutes les situations, son registre ne se remplira que de bonnes actions qui le réjouiront le Jour de la Résurrection, sinon, il le regrettera.

Le fait de dire du bien est une obtempération à l’ordre d’Allah, Exalté soit-Il, Qui somme Ses serviteurs de choisir les meilleures paroles à prononcer et dit (sens du verset) : « de tenir des propos bienveillants aux gens » (Coran 2/83), c'est-à-dire lorsque vous parlez avec autrui, choisissez des propos bienveillants afin de répandre la bienveillance, l’affection et la fraternité, et de repousser les causes d’abandon, de rupture et d’animosité. Yahia Ibn Mu’âdh al-Râzî, qu'Allah lui fasse miséricorde, a dit : « Pour que tu sois parmi les bienfaisants, le croyant doit voir en toi trois qualités : premièrement, si tu ne lui es pas utile, au moins ne lui fais pas du tort ; deuxièmement, si tu ne peux pas lui faire plaisir, au moins ne lui cause pas de souci ; troisièmement, si tu ne fais pas son éloge, au moins ne le dénigre pas ».

Allah, exalté soit-Il, dit (sens du verset) :

« Et dis à Mes serviteurs d’exprimer les meilleures paroles, car le diable sème la discorde parmi eux. Le diable est certes, pour l’homme, un ennemi déclaré » (Coran 17/53).

Commentant ce verset, ‘Abd al-Rahmân al-Sa’dî, qu'Allah lui fasse miséricorde, a dit : « Et ce de par Sa bonté, car Il a prescrit l’adoption des bonnes mœurs, ainsi que les œuvres et les paroles, susceptibles d’apporter le bonheur dans le bas monde et dans l’au-delà. « Et dis à Mes serviteurs d’exprimer les meilleures paroles » est un ordre de prononcer toute parole rapprochant d’Allah, Exalté soit-Il, que ce soit une récitation du Coran, des évocations, un savoir, une prescription du bien, une proscription du mal, en plus des paroles bienveillantes adressées aux gens, quels que soient leur rang et leur statut. S’il s’agit de deux bonnes actions à accomplir, la priorité sera donnée à la meilleure d’entre elles, s’il n’est pas possible de les accomplir toutes les deux.

En fait, la bonne parole est le prélude à toute éthique correcte et à toute action vertueuse, et celui qui parvient à maîtriser sa langue maîtrisera tous les aspects de sa vie.

« Car le diable sème la discorde parmi eux » signifie que le diable sème la corruption dans la foi et la vie présente des gens. Pour y remédier, ils doivent s’abstenir de lui obéir quand il les appelle à dire de mauvaises choses, comme ils doivent échanger des propos gentils afin de dissuader ce diable qui sème la discorde entre eux, ce dernier étant leur véritable ennemi, celui qu’ils doivent combattre. Il les appelle (sens du verset) « pour qu’ils soient des gens de la Fournaise » (Coran 35/6). Si le diable sème la discorde et l’animosité entre eux, ils doivent fermement le repousser et réprimer leur âme incitatrice au mal, qui est la porte d’accès du diable. C’est ainsi qu’ils obéiront à leur Seigneur, exalté soit-Il, emprunteront le droit chemin et seront guidés vers la rectitude ».

Or ceux qui sont le plus en droit d’être traités selon cette noble éthique sont nos parents, qu’Allah, exalté Soit-Il, nous a ordonné de traiter avec piété et bienfaisance, ce qui doit se manifester entre autres par le choix de gentilles paroles à leur intention, puisqu’Allah, exalté soit-Il, dit (sens du verset) :

« Et ton Seigneur a décrété : 'N’adorez que Lui ; et (marquez) de la bonté envers les père et mère : si l’un d’eux ou tous deux doivent atteindre la vieillesse auprès de toi, alors ne leur dis point : ‘Fi !' et ne les brusque pas, mais adresse-leur des paroles respectueuses » (Coran 17/23).

D’après Abû Hurayra, qu'Allah soit satisfait de lui, un homme demanda au Prophète () : « Quelle est la personne qui mérite le plus que je la traite bien ? », le Prophète, (), répondit : « Ta mère, ta mère, ta mère, ensuite ton père » (Boukhari et Mouslim).

Et d’après Aïcha, , le Prophète () a dit :

« Je me vis en songe entrer au Paradis, et j’entendis quelqu’un qui récitait le Coran. Je demandai qui est-ce, et on me répondit : 'Hâritha ibn al-Nu’mân'. Je dis alors : 'Voici la récompense de la piété filiale. Voici la récompense de la piété' » (Al-Hâkim).

Par politesse, nombre de nos pieux prédécesseurs parlaient avec leur mère à voix tellement basse qu’on n’arrivait pas à entendre ce qu’ils disaient. Nous sommes étonnés de la situation des jeunes gens et des jeunes filles de nos jours qui maltraitent leurs parents, leur crient au visage, les grondent, les outragent et leur parlent mal. A tel point que si quelqu’un les voyait sans savoir qu’il s’agit de leur père ou de leur mère, il croirait qu’ils s’adressent à un domestique qui travaille chez eux, vu la rudesse et la dureté des mots qu’ils emploient avec eux. Nous implorons Allah, exalté soit-Il, de nous guider, nous et eux.

Certes, la douceur est requise également dans les propos échangés entre les deux époux, étant donné que les foyers sont fondés sur l’affection et la bonté. Allah, exalté soit-Il, dit (sens du verset) :

« Et parmi Ses signes Il a créé de vous, pour vous, des épouses pour que vous viviez en tranquillité avec elles et Il a mis entre vous de l’affection et de la bonté. Il y a en cela des preuves pour des gens qui réfléchissent » (Coran 30/21).

En effet, les époux ont besoin de bien choisir les mots qu’ils échangent et d’exprimer mutuellement leurs sentiments d’amour et de sympathie. Examinez ce dialogue tendre qui s’est déroulé entre le Prophète () et la mère des croyants Aïcha, , qu’elle a rapporté en disant : « Un jour, le Prophète () m’a dit :
- 'Je sais bien lorsque tu es satisfaite de moi et lorsque tu es en colère contre moi'.
- 'Comment le sais-tu ?', lui demandai-je.
- 'Lorsque tu es satisfaite de moi, tu dis : Non, par le Seigneur de Muhammad ! Et lorsque tu es en colère contre moi, tu dis : Non, par le Seigneur d’Ibrâhîm !'.
- 'Tu as dit vrai, par Allah, ô Messager d’Allah, mais je ne fais rien de plus que d’éviter de prononcer ton nom lorsque je suis en colère contre toi', lui répondis-je » (Boukhari et Mouslim).

Quelle clémence et quelles belles paroles !

‘Ubayd Ibn ‘Umayr demanda un jour à Aicha, : « Parle-nous de la chose la plus étonnante que tu aies vu le Messager () faire». Elle se tut, puis dit : « Il se réveilla une nuit et dit : 'Ô Aïcha, laisse-moi adorer mon Seigneur'. Je lui dis alors : 'J’aime bien être proche de toi et j’aime aussi ce qui te fait plaisir'. Il se leva et se purifia, puis accomplit la prière nocturne. Il pleura jusqu’à mouiller ses joues, puis il pleura encore jusqu’à mouiller sa barbe, puis pleura encore jusqu’à que ses larmes atteignent le sol. Et c’est alors que Bilâl, qu’Allah soit satisfait de lui, lança l’appel à la prière de Subh, et lorsqu’il vit le Messager d’Allah () pleurer, il lui dit : 'Ô Messager d’Allah, tu pleures alors qu’Allah t’a pardonné tes péchés passés et futurs ?'. Le Prophète () lui répondit : 'Ne pourrais-je pas me comporter en serviteur reconnaissant ! Allah, exalté soit-Il, m’a révélé cette nuit des versets…malheur à quiconque les lit sans les méditer'. Puis, il récita les versets où Allah, exalté soit-Il, dit (sens des versets) :

'En vérité, dans la création des cieux et de la terre, et dans l’alternance de la nuit et du jour, il y a certes des signes pour les doués d’intelligence, qui, debout, assis, couchés sur leurs côtés, invoquent Allah et méditent sur la création des cieux et de la terre (disant) : « Notre Seigneur ! Tu n’as pas créé cela en vain. Gloire à Toi ! Garde nous du châtiment du Feu' (Coran 3/190-191) » [Ibn Hibbân (Al-Albânî : sahîh)].

Cher frère, habituez votre langue à ne dire que de bonnes choses et sachez qu’Allah, exalté soit-Il, interdit à Ses serviteurs de proférer de mauvaises paroles lorsqu’Il dit (sens du verset) : « Allah n’aime pas qu’on profère de mauvaises paroles sauf quand on a été injustement provoqué. Et Allah est Celui qui entend tout et qui sait tout » (Coran 4/148). En général, le Musulman doit donc bien traiter les gens, qu’il s’agisse de proches ou non, et accoutumer sa langue à prononcer de bonnes paroles et à éviter d’en proférer de mauvaises.

Nous implorons Allah, exalté soit-Il, de nous aider à Lui obéir et à gagner Son agrément, de nous accorder le succès dans tous nos actes et paroles, de rectifier notre langage et de nous épargner les paroles et les actes erronés. Louange à Allah, exalté soit-Il, Seigneur de l’univers. Que Son salut et Sa bénédiction soient sur notre Prophète Muhammad, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons.
 

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