Est-il permis de faire un faux-serment pour récupérer un dû ?
Fatwa No: 27641

Question

Que dit la Charia au sujet d'un homme qui, dans un procès, nie (en prêtant serment) devoir une somme d'argent due à son adversaire car ce dernier lui doit également une somme d’argent équivalente ? L'homme en question veut seulement protéger son dû et n'a aucunement l'intention de violer les droits de son adversaire. Il craint que, s'il refuse de prêter serment, son adversaire le fasse et qu'il finisse par être injustement privé de son dû.

Réponse

Louange à Allah et que la paix et le salut d'Allah soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses compagnons :  

 

Celui qui fait l’objet d’un procès et à qui le juge demande de prêter serment doit faire sincèrement le serment requis. S’il fait un faux- serment pour priver son adversaire de son dû, il fait partie de ceux à qui s'applique ce Hadîth :

 

 « Si quelqu’un fait un faux serment pour se procurer un bien qui ne lui appartient pas Allah le rencontrera le Jour de la Résurrection en étant en colère contre lui » (Boukhari et d’autres narrateurs)

 

D’après les Malékites et les Châfé`ites, si le plaignant a un droit et croit qu'a priori le défendeur le renierait, il est autorisé à nier, lui aussi, le droit du défendeur, même s’il prête serment, à condition toutefois que le serment soit formulé dans des termes allusifs et non explicites. Cette opinion a été également avancée par Ibn Hadjar al-Haythami dans  son ouvrage Tohfat al-Mohtâdj.

 

De même, al-Dussûki dit dans les notes marginales de son ouvrage al-Charh al-Kabîr : « Si quelqu’un nie être redevable envers un autre, ce dernier est autorisé à nier à son tour un droit équivalent à celui de son adversaire. Il a même le droit de prêter serment en la matière, à condition que le serment soit en termes allusifs».

 

La règle de base de ce principe vient des versets (sens des versets) :

 

·        «Sans oublier que la riposte doit être égale à l’offense subie» (Coran 42/40)

·        «Si vous devez exercer des représailles, que cela soit à la mesure de l’offense subie» (Coran 16/126)

 

Nous recommandons de procéder par allusions dans les serments car cela est mentionné dans plusieurs Hadîths relatifs à cette question, rapportés par Boukhari, qu'Allah lui fasse miséricorde, dans le chapitre traitant des formules ambiguës pour éviter de mentir.

 

Ibn al-Qayyim, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit : «Il est permis de mentir tant qu’on ne porte aucun préjudice à autrui par ce mensonge, et que ce mensonge permet d'accéder à son dû »

 

Toutefois, si vous n’êtes pas sûr que votre adversaire niera votre droit, il vous est inerdit de nier le sien, car vous n’êtes pas dans l’obligation de le faire; et ce, d’après la règle avancée au début de la fatwa.

 

Nous estimons cependant qu’il est préférable que vous soyez véridique face au juge et de ne pas employer de termes allusifs pour vous mettre à l’abri des divergences entre les oulémas et pour appliquer également les principes d’indulgence et de pardon. A ce propos, Allah, le Très Haut, dit (sens des versets) :

 

·        «Et que celui qui pardonne et se montre conciliant trouvera sa récompense auprès du Seigneur» (Coran 42/40)

·        «C’est un signe d’une grande sagesse que de faire preuve de patience et de clémence» (Coran 42/43)

 

Et Allah sait mieux.

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