L’illettrisme du Prophète (Salla Allahu Alaihi wa Sallam) : ceux qui le nient et ceux qui le confirment
Fatwa No: 28870

Question

Le Prophète (Salla Allahou Alaihi wa Sallam) était illettré au début de la révélation, puis a appris à lire et à écrire. Pourquoi donc répétons- nous toujours avec fierté que le Prophète (Salla Allahou Alaihi wa Sallam) était illettré ? Craignez-vous que nous lui attribuions la composition du Coran ? Je ne crois absolument pas que le Prophète (Salla Allahou Alaihi wa Sallam) fût illettré. Les autres Prophètes ont appris à lire et à écrire ; cette tradition s’est-elle arrêtée avec le Prophète (Salla Allahou Alaihi wa Sallam) ?

Réponse

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :

 

 

Allah, exalté soit-Il, a envoyé Son Prophète () alors qu’il ne savait ni lire ni écrire. Il dit, exalté soit-Il (sens du verset) :

 

« Et avant cela, tu ne récitais aucun livre et tu n’en écrivais aucun de ta main droite. Sinon, ceux qui nient la vérité auraient eu des doutes » (Coran 29/48).

 

Son illettrisme est en soi un miracle qui témoigne de sa véracité et qui prouve que son Message provient d’Allah, exalté soit-Il, et non pas de sa propre personne. Allah, exalté soit-Il, dit (sens des versets) :

 

·        « C’est Lui qui a envoyé à des gens sans Livre (les Arabes) un Messager des leurs qui leur récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et la Sagesse, bien qu’ils étaient auparavant dans un égarement évident » (Coran 62/2) ;

 

·        « Allah a très certainement fait une faveur aux croyants lorsqu’Il a envoyé chez eux un messager des leurs, qui leur récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et la Sagesse, bien qu’ils fussent auparavant dans un égarement évident » (Coran 3/164).

 

Si le Prophète () avait su lire et écrire, les polythéistes auraient prétendu qu’il avait inventé le Coran et qu’il était sorti de son imagination.

 

Les oulémas, qu’Allah lui fasse miséricorde, ont divergé sur le fait que le Prophète () ait appris à lire et à écrire après la Révélation. Certains l’ont affirmé, tel al-Qurtubi qui a cité ces propos d’al-Cha’bî dans le Tafsîr d’al-Naqqâch : « Le Prophète () ne mourut pas avant d’avoir appris à lire et à écrire ». Il a également cité le hadith rapporté par Abû Kabchah al-Salûli, selon lequel le Prophète () lut une lettre de 'Uyaynah ibn Hisn et transmit son sens ; un hadith qu’ibn 'Atiyah a jugé faible. Les partisans de cet avis ont aussi argué du hadith rapporté par al-Barâ’, relatif à la Trève de Hudaïbiah, selon lequel le Prophète () dit à Ali,  : « Écris les conditions de la Trêve : au nom d’Allah le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Voici à quoi souscrit Mohammed, le Messager d’Allah ». Les polythéistes l’interrompirent : « Si nous avions cru que tu étais bien le Messager d’Allah, nous t’aurions suivi. Écris plutôt : “Mohammed ibn 'Abdillah” ». Le Prophète () ordonna alors à Ali, , de l’effacer, mais celui-ci répliqua : « Par Allah ! Je ne l’effacerai pas ». Le Prophète (Salla Allahu Alaihi wa Sallam) lui dit : « Montre-moi où ils se trouvent [ces mots contestés] ». Ali, , lui montrant leur endroit, il les effaça alors () de sa propre main et les remplaça par « ibn 'Abdillah ».

 

Boukhâri a narré ce hadith d’une manière plus claire en disant : « Le Prophète () prit la feuille et écrivit : “ibn 'Abdillah” ». Il a ajouté dans une autre narration : « Et il ne savait pas () bien l’écrire ». Un groupe d’oulémas, dont al-Samanâni et al-Bâdji, ont ratifié le fait qu’il avait écrit de sa main et ont jugé que cela ne contredisait pas son illettrisme, ni ne s’opposait à la parole d’Allah, exalté soit-Il, Qui dit (sens des versets) :

 

« Et avant cela, tu ne récitais aucun livre et tu n’en écrivais aucun de ta main droite. Sinon, ceux qui nient la vérité auraient eu des doutes » (Coran 29/48).

 

Cela ne s’oppose pas non plus à la parole du Prophète () qui a dit : « Nous sommes une communauté illettrée qui ne sait ni écrire ni compter ». Bien au contraire, les oulémas estiment que cela s’ajoute à ses prodiges et confirme sa véracité et l’authenticité de son Message, puisqu’il a pu écrire sans avoir appris. C’est Allah, exalté soit-Il, Qui a fait en sorte que la plume dans sa main trace les traits donnant le sens d’ « ibn 'Abdillah » à celui qui les lisait.

Par ailleurs, le Prophète () s’est initié à la science des premiers et des derniers sans apprentissage, et cela ne fit qu’accroître ses miracles et ses mérites, sans que cela ne lui fasse perdre sa qualité d’illettré. Raison pour laquelle le narrateur a ajouté : « Et il ne savait pas () bien l’écrire ». Il reste donc qualifié d’illettré bien qu’il ait « écrit ».

 

Selon un autre groupe d’oulémas, le Prophète () n’a jamais écrit une seule lettre, mais a ordonné à d’autres d’écrire, comme il n’a jamais lu ni épelé. Ils ont ajouté que la supposition qu’il ait écrit de sa propre main s’opposait à son illettrisme et à son inaptitude à écrire. En fait, ajoutent-ils, son appartenance à une communauté illettrée a fourni la preuve irréfutable et a réduit au silence les incrédules, comme elle a mis fin au doute. Comment donc Allah, exalté soit-Il, ordonnerait-Il à sa main d’écrire, alors que le miracle consiste en son illettrisme, et qu’il est impossible que les miracles se contredisent ? Écrire et prendre la plume dans ce contexte signifient qu’il a ordonné à l’un de ses secrétaires d’écrire. À noter que 26 Compagnons sachant écrire ont consigné le Coran par écrit du vivant du Prophète ().

 

Cet avis a été corroboré par al-Qurtubi dans son exégèse. Quoi qu’il en soit, l’illettrisme est une caractéristique qui correspond à l’un de ses miracles (). S’il n’a pas écrit, l’illettrisme aura été une caractéristique qui ne l’aura pas quitté pas jusqu’à sa mort ; et s’il a effectivement écrit, il restera qualifié d’illettré, compte tenu du fait qu’il l’a été (avant la Révélation) ; et il restera ainsi qualifié du fait qu’il s’agit de l’un de ses miracles et qu’il a été envoyé au sein d’une communauté illettrée qui ne savait ni lire ni écrire, il était plus adéquat qu’il soit comme eux pour couper court à toute présomption.

 

Et Allah sait mieux.

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