Responsabilité d'un restaurateur face à la mixité
Fatwa No: 321076

Question

Assalam alaykum,Tout d'abord qu'Allah vous récompense, votre banque de fatwa m'a déjà été bénéfique et il l'est pour beaucoup d'entre nous, musulmans souhaitant faire les choses au mieux pour satisfaire Allah et votre travail est un outil par la permission d'Allah.Je suis un futur entrepreneur in cha Allah, mais avant même d'enclencher un projet je sais que je me dois de me renseigner sur sa licéité auprès des gens de science, c'est pourquoi je m'adresse à vous. Alors, voici ma question : Dans un pays non musulman, tel que la France, un musulman peut-il ouvrir un restaurant ou un commerce de restauration, salon de thé avec petit déjeuner familial, etc. sachant qu'il risque d'y avoir une mixité des consommateurs comme partout dans le pays ? Le gérant du restaurant est-il responsable de cette mixité ? Bien évidemment, tous les financements, tous les produits vendus seront faits dans le halal in cha Allah. Mais je veux être sûr que la responsabilité de la mixité n'incombe pas à au restaurateur, au vu du pays où il vit c'est une chose qu'il subit. J'espère que votre réponse saura m'éclaircir et apaiser mon cœur sur ce sujet in cha Allah. Qu'Allah vous récompense.

Réponse

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :



Nous implorons Allah, exalté soit-Il, de vous récompenser pour votre persévérance dans Son obéissance, pour votre souci de ne pas transgresser Ses interdits et pour votre désir de connaître les préceptes de la charia concernant toutes les affaires que vous comptez entreprendre. Ce que vous faite est une caractéristique du vrai croyant qui s’attache sincèrement à sa religion.

Cher frère, les options du profit licite sont nombreuses et aucune âme ne mourra avant d’achever sa substance et son terme comme rapporté par le hadith prophétique. Nous vous recommandons de faire en sorte que la crainte d’Allah, le Très Haut, soit votre principal souci et le maître qui gère toutes vos affaires et vous ne le regretteriez aucunement car Allah, le Très Haut, dit : « A quiconque Le craint, Allah prévoit une (honorable) voie de sortie, et lui dispensera (des biens) d’une manière à laquelle il ne s’attendait pas.  » (Coran 65/2-3).


Concernant votre question : à l’origine les cafés, les restaurants et les locaux qui proposent des services aux gens sont licites et il n’y a pas de mal à y faire des investissements sauf s’ils sont modifiés de leur origine licite par la proposition des choses interdites comme l’alcool ou le porc, etc.


Le fait que certains clients ne portent pas l’habit légal (hidjab) ou qu’il y ait une mixité illicite dans les lieux de proposition des services, cela n’interdit pas d’ouvrir ce genre de locaux mais le responsable doit essayer d’interdire ce genres de transgressions dans son local tant qu’il le peut et s’il est dans l’incapacité d’interdire cela, nous espérons qu’il ne sera pas blâmé s’il se produit éventuellement quoi que ce soit de ces transgressions du moment qu’il accomplit la réprobation du blâmable selon ses capacités et selon les trois degrés de réprobation (par la main, sinon par la parole, puis par le cœur). Surtout que le but principal du restaurant est la vente des choses licites et le fait de se comporter selon les lois de la Charia ; or ces problèmes surviennent virtuellement et ne sont pas intentionnels.


Les oulémas ont discuté dans le chapitre de « Sadd al-dharâ`i' » (le fait d'interdire un acte qui est en soi licite s'il est très susceptible de conduire à la perpétration d'un autre interdit ou déconseillé par mesure de précaution) que la Charia n’a pas fermé certaines « dharâ`i' » bien qu’elles peuvent mener à l’illicite.
L’imam al-Qarâfî a dit : « Sadd al-dharâ`i' qui est de trois catégories n’est pas une spécificité de l’école de l’imam Mâlik comme le croient beaucoup de malékites. Ses trois catégories sont :


1/ Une catégorie unanimement empêchée, interdite et annihilée par tous les musulmans comme le fait de creuser des puits sur les routes des musulmans car c’est un moyen de leur nuire, de mettre du poison dans leurs nourritures ou d'insulter les idoles devant celui qui va certainement insulter Allah, le très Haut, par hostilité.


2/ Une catégorie unanimement non empêchée par tous les musulmans : c’est une « Dharî'a » non empêchée et un moyen non annihilé comme le fait d’empêcher la culture du raisin par crainte qu’il ne soit utilisé dans l'industrie de l’alcool, aucun savant n’a énoncé cela, ou le fait d’éviter le voisinage des maisons par crainte du Zina.


3/ Une catégorie qui fait l’objet de divergence entre les oulémas : est-ce qu’elle doit être empêchée ou pas ? ». Fin de citation


Cheikh al-'Uthaymîn a reçu la question suivante : "Louange à Allah, je prie et j’accomplis toutes les prescriptions, mais dans le souk il y a des femmes non voilées et moi je les vois, est-ce que je suis pécheur ou non ?"

Il a répondu : "Nul doute que la sortie des femmes non voilées au souk est un acte blâmable qu’il faut réprouver par la main sinon par la parole sinon par le cœur. De même les gouverneurs des musulmans doivent empêcher les femmes de sortir non voilées aux souks car c’est une Fitna et cela leur engendre beaucoup de contrariétés. Quand tu passes par le souk et que tu ne peux corriger cette transgression mais ayant quand même accompli ton devoir de répression selon les trois degrés de réprobation (par la main, puis par la parole, puis par le cœur), il ne faut pas regarder délibérément ces femmes non voilées car (le regard est une des flèches de Satan, celui qui le délaisse pour l’Agrément d’Allah et par crainte de Son châtiment, Allah lui octroiera une douceur qu’il ressentira dans son cœur). Allah dit : « Dis aux croyants de baisser leurs regards et de garder leur chasteté. C'est plus pur pour eux. Allah est, certes, Parfaitement Connaisseur de ce qu'ils font. » (Coran 24/30)".

Et Allah sait mieux.

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