Je suis développeur informatique et je travaille sur le développement d’une plateforme financière personnelle visant à aider les utilisateurs à suivre leurs dépenses et à gérer leur situation financière.
Je souhaite m’assurer de la conformité religieuse des services que la plateforme proposera, à savoir :
1. Connexion aux comptes bancaires et aux cartes
La plateforme permet de relier le compte bancaire ou la carte de l’utilisateur et d’extraire automatiquement l’historique des opérations afin de :
– suivre les dépenses,
– classifier les transactions,
– aider l’utilisateur à établir un budget et des objectifs financiers.
Ce type de service est-il licite du point de vue religieux ?
2. Affichage des activités d’investissement et des dettes de l’utilisateur
La plateforme permet à l’utilisateur d’ajouter :
– ses investissements (actions, fonds, etc.),
– ses dettes ou engagements financiers (qu’ils soient personnels ou bancaires).
Le rôle de la plateforme se limite au suivi, à l’affichage et à l’envoi de notifications ; elle ne propose pas de prêts et ne fait pas la promotion d’investissements particuliers.
L’affichage et le suivi de ces informations au sein de l’application sont-ils licites ? Existe-t-il des règles religieuses spécifiques à respecter à ce sujet ?
3. Les cryptomonnaies (Crypto)
La plateforme permet à l’utilisateur d’ajouter les cryptomonnaies qu’il possède dans le seul but d’en suivre la valeur, sans l’inciter à acheter ou vendre une monnaie donnée.
Sachant que j’ai entendu de certains savants que le jugement des cryptomonnaies varie selon leur nature, et que le principe de base serait leur licéité tant qu’elles ne reposent pas sur des activités illicites (comme le jeu ou l’usure), est-il permis d’intégrer une fonctionnalité de suivi des cryptomonnaies dans la plateforme ? Faut-il prévoir des avertissements ou des notifications d’ordre religieux à destination de l’utilisateur ?
En résumé : la plateforme ne propose pas de prêts, ne promeut pas d’investissements et n’intervient pas dans les décisions financières de l’utilisateur ; elle constitue uniquement un outil organisationnel destiné à améliorer la gestion financière.
Existe-t-il des remarques ou des règles religieuses supplémentaires à prendre en considération avant le lancement d’une telle plateforme ?
Qu’Allah vous récompense par le bien.
Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :
Les applications et plateformes pouvant être utilisées aussi bien à des fins licites qu’illicites sont, en principe, permises à concevoir et à développer, dès lors qu’elles ne sont pas intrinsèquement dédiées à l’illicite.
Toutefois, si l’usage illicite est prédominant ou largement répandu, l’interdiction prévaut, par prise en compte de la réalité.
Ash-Shawkânî a dit dans Al-Bahth al-Musfir :
« Ce qui ressort des preuves est l’interdiction de la vente de toute chose dont l’utilité est exclusivement limitée à un usage illicite, ou qui n’y est pas exclusivement limitée mais dont l’usage dominant est illicite, ou encore lorsque la vente a lieu dans l’intention d’en faire un usage illicite. Toute chose relevant de l’un de ces trois cas voit sa vente interdite…
Parmi les preuves du deuxième cas figure le hadith rapporté par At-Tirmidhî d’après Abû Umâma, selon lequel le Messager d’Allah (
) a dit :
“Ne vendez pas les chanteuses, ne les achetez pas, ne les formez pas ; il n’y a aucun bien dans leur commerce et leur prix est illicite.”
Or, il est connu que l’utilité des chanteuses n’était pas exclusivement limitée à l’illicite, mais comme leur usage dominant était illicite, la Loi religieuse leur a appliqué le même jugement que pour ce dont on ne tire aucun profit licite, en considérant le plus fréquent comme équivalent à la totalité. » (Fin de citation)
Il a également dit dans As-Sayl al-Jarrâr :
« Lorsque l’usage dominant du bien vendu est illicite, sa vente n’est pas permise. » (Fin de citation)
Sur cette base, si le demandeur estime très probable que la majorité des utilisateurs de cette plateforme la relieront à des comptes de banques usuraires et l’utiliseront comme aide pour des activités d’investissement illicites ou des prêts usuraires, il doit s’en abstenir dès le départ. En revanche, s’il n’existe pas une telle présomption dominante, le principe de base demeure la licéité.
Concernant les cryptomonnaies (Crypto), elles soulèvent, par nature, des problématiques juridiques religieuses, notamment quant à leur reconnaissance comme biens ayant une valeur légale ou non. Ces incertitudes empêchent de statuer de manière générale sur la licéité de leur échange et de leur investissement, comme cela a déjà été mentionné dans plusieurs fatwas antérieures.
Et Allah sait mieux.
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