L’éloignement prolongé des deux époux ne dissout pas le lien conjugal
Fatwa No: 137041

Question

Ma sœur a épousé un musulman divorcé qui travaille en tant que professeur et ce dernier nous a affirmé que sa première épouse était la cause du divorce et il a nié, bien sûr, tout tort provenant de lui ou de sa famille qu'il décrit comme innocente. Mon père a envoyé certains de nos proches afin de vérifier si le divorce s'était produit de façon définitive ou pas. Cependant, il y a eu une mauvaise communication et il n’a pas été possible d’avoir une idée tout à fait claire de l’affaire. A cette époque, j'étais à l'étranger et ma sœur s'est mariée en 1998. Ensuite, les choses se sont mal passées entre elle et la famille de son époux qui s'est mal comportée avec elle et s'en est prise à elle en la frappant. Ensuite, ce qui était caché est devenu clair pour nous car nous avons su que l'époux de ma sœur souffrait d'impuissance sexuelle - incapacité à avoir une érection - et qu'il prenait des médicaments pour remédier à cela. Voilà ce qu'il cachait et c'était même cela la cause de son divorce de sa première épouse. Par la grâce d'Allah, ma sœur est tombée enceinte et a accouché d'un enfant en l'an 2000. Dans la Charia, il n'est pas possible de considérer un époux comme impuissant s'il est capable d'avoir un rapport sexuel ne serait-ce qu’une seule fois. Cependant, la réalité est que l'époux de ma sœur n'est pas capable d'assumer suffisamment ses devoirs conjugaux vis-à-vis de son épouse. Par ailleurs, sa famille pratique la magie et j'ajoute à cela le fait que ma sœur a passé près de sept ou huit ans sans vie conjugale. De plus, son époux ne s'intéresse pas à l'enfant, ne se préoccupe pas d'appeler sa femme, de demander des nouvelles de son fils, ne lui envoie pas de quoi subvenir à ses besoins et le contact entre eux est totalement rompu. Que dit la Charia dans cette situation concernant leur mariage ? Est-il permis à ma sœur de demander le Khul' si son époux n'est pas prêt à divorcer ou à la prendre pour vivre avec lui convenablement tout en la préservant des préjudices, de l'humiliation ou de la privation de ses droits comme c'est le cas actuellement ? Il faut savoir qu'il est incapable de préserver son épouse des mauvais traitements de ses sœurs et de son père et que toute tentative de réconciliation a échoué, et il semble que celle-ci soit absolument impossible. Comment est-il possible de mettre un terme à ce mariage en sachant que ma sœur réside chez moi depuis quelques années ?

Réponse

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :

Le fait que des époux vivent éloignés l'un de l'autre même pendant une longue durée ne dissout pas le lien conjugal qui les unit. Partant, si un époux ne répudie pas son épouse ou qu’un juge ne prononce pas le divorce, le mariage demeure en vigueur. La charia exige de l’homme qu’il se comporte convenablement avec son épouse. Allah, exalté soit-Il : « [...] Et comportez-vous convenablement envers elles... » (Coran : 4/19)

Fait partie du bon comportement envers elle le fait d'assouvir son appétit sexuel. Quant au fait de la laisser dans une situation intermédiaire entre le mariage et le divorce, cela n'est pas permis.

Il faut donc conseiller à cet époux de la garder sous sa tutelle conformément à la bienséance ou de la quitter avec gentillesse comme l'ordonne Allah, exalté soit-Il, dans Son Livre.

Entre dans le fait de bien se comporter le fait que l'époux accomplisse son devoir consistant à entretenir son épouse et l'enfant qu'il a d'elle et le fait d'être négligent dans ce domaine sans excuse valable est une désobéissance. 'Abdullah Ibn 'Amr (qu'Allah soit satisfait de lui) rapporte que le Messager d'Allah () a dit : « Laisser les personnes à sa charge en proie au besoin est déjà un grave péché. » (Ahmad, Abû Dâwud)

Quiconque s'abstient d’entretenir son épouse pendant une période conformément à ce qui lui est imposé n'en est pas déchargé et cela reste une dette à son passif, selon l'avis de la majorité des jurisconsultes, qu'il délaisse cela avec ou sans excuse valable. Quant aux frais d’entretien de l'enfant, il est permis de les récupérer auprès du père si celui qui s'est chargé de cela avait l’intention de les récupérer.

Si l'époux ne subvient pas aux besoins de son épouse ou qu’elle est lésée à cause du fait qu'il n'a pas de rapport sexuel avec elle, il lui est alors permis de porter son affaire devant un cadi afin qu'il impose à l'époux de s'acquitter de ses devoirs envers elle ou qu'il ordonne le divorce, même si elle doit lui verser en contrepartie une compensation.

Quant à ce qui a été mentionné, à savoir le fait que les proches par alliance ont mal agi et s'en sont pris à l'épouse de leur fils, si cela est vrai, alors c’est une chose répréhensible et son époux aurait dû la protéger. Par ailleurs, l'épouse a le droit d'avoir un logement indépendant.

 

Et Allah sait mieux.

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