Peut-on confirmer une accusation de viol en se basant uniquement sur les tests ADN ?
Fatwa No: 89578

Question

Dans votre réponse à une question sur le viol vous avez dit : « La seule accusation ne suffit pas pour appliquer la peine légale sur un homme tant que ce dernier n'a pas avoué son crime, et que quatre personnes n’ont pas témoigné contre lui. Aucune peine n'est appliquée si la femme soutient avoir été violée. Il n’est pas établi dans ce cas que la femme a été victime d’un crime... » Mais si du sperme a été retrouvé sur le corps de la femme et que les tests ADN ont montré que ce sperme appartient bien à l'accusé, peut-on appliquer alors la peine légale à ce dernier en dépit du fait qu'il n'a pas avoué son crime et en l’absence de quatre témoins ? Comment peut-on dire qu’une femme violée n’a fait l’objet d’aucun crime ? La femme violée subit un crime atroce, et si le système échoue à punir le criminel, il s'agit là alors d'une seconde injustice à son encontre. Comment pouvez-vous dire que la femme ne subit aucune injustice dans un pareil cas ?

Réponse

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses compagnons :

 

La Charia a établi un principe important à savoir que toute accusation doit être prouvée pour protéger la vie des gens et leurs biens et pour que leur honneur ne soit pas sali par de simples accusations et de fausses présomptions. Le Prophète () a dit :

 

« Si on donnait satisfaction aux gens à chaque fois qu'ils le réclamaient, certains revendiqueraient à tort le sang et les biens d'autres hommes. » (Boukhari, Mouslim)

 

Ainsi, la femme qui affirme avoir été violée ou attaquée par un homme doit prouver ce qu’elle avance. En effet la peine légale ne peut pas être appliquée sans preuves. Vous comprendrez que l'objectif ici est de protéger les droits du plaignant et de l'accusé, et non pas de protéger l’homme aux dépends de la femme, ou de commettre une injustice contre cette dernière, comme l’affirment certains. Quant au nombre de témoins requis pour prouver la fornication, il vise à protéger autant que possible la réputation des gens et à préserver la société.

 

L’autre point qu’il est nécessaire d’éclaircir est qu'en général, en situation normale, et non en situation de guerre, le viol n'est pas un acte courant si la femme évite de séduire en se parfumant, en otant le voile, en se mêlant aux hommes étangers ou encore en voyageant non accompagnée d'un mahram. Dans ce genre de situation, la femme violée porte certes une part de responsabilité, contrairement à la femme qui respecte les règles de la Charia, qui fait preuve de pudeur, qui porte le voile et évite de côtoyer les débauchés. Allah, exalté soit-Il, dit (sens du verset) : « [...] elles en seront plus vite reconnues et éviteront d'être offensées. Allah est Pardonneur et Miséricordieux. » (Coran 33/59)

 

Quant aux tests ADN dont vous faites mention, il ne s'agit pas d’une preuve irréfutable et ils ne confirment en rien l'accusation. En effet, la femme peut très bien tromper un homme et obtenir son sperme puis prétendre avoir été violée par lui. Et une erreur est toujours possible. Il arrive en effet que certains échantillons soient confondus. Comment peut-on donc confirmer une accusation avec des preuves de ce type alors que cela peut mener à la mort d'un innocent ?

 

Pour terminer, nous vous rappelons, cher frère, que la fatwa à laquelle vous faites allusion n’a jamais dit que la femme violée ne fait pas l’objet d’un crime.

 

Et Allah sait mieux.

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